Tenir un journal de rêves

Lecteur, lectrice, passants,

       Je partage avec toi cette étrange affaire qu’est la tenue d’un journal de rêves. En ce qui me concerne, tout a commencé en 2014, lorsque j’ai accepté de commencer un long travail avec une psy, et que, conséquemment, une foule de rêves plus étranges les uns que les autres a commencé à peupler mes nuits. Quelques fois, d’ailleurs, je les ai partagés, voire analysés, avec ma thérapeute. Mais, en réalité, pendant deux ans ou presque, je me suis mise à écrire, parfois tous les matins de ma semaine, cette vie onirique qui agitait mes draps. Ce qui est amusant, lorsqu’on commence à écrire ses rêves, c’est que la mémoire de ceux-ci se développe de plus en plus. A contrario, lorsque j’ai arrêté de les écrire, la conscience que j’en avais s’est éteinte peu à peu. Depuis trois mois, je recommence donc à écrire mes rêves, et, alors que j’achève d’écrire celui qui m’a tenue en haleine cette nuit, j’ai décidé de (re)parcourir les étranges formes qui avaient peuplé ces nombreux rêves passés.

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          Quand on s’intéresse un peu, sur les forums, les sites ou dans les livres, à l’expérience des rêves, on tombe bien sûr sur tout un tas de littérature étrange, vaguement ésotérique ou très symbolique, qui n’aide pas beaucoup l’esprit cartésien qui cherche à s’emparer de ce matériau vague et volatile qu’est le rêve. Je ne suis pas Nerval.  J’aime beaucoup sa fascination toute particulière pour le rêve, qu’on lit dans Aurélia et dans à peu près tous ses textes, et qui se cristallise assez bien dans les mots suivants :  « Le rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible. » Toutefois, pas de frémissement, pas de terreur pour moi lorsque je couche mes rêves sur le papier. S’ils sont parfois intenses, éprouvants, terrifiants ou drôles, ce sont des produits de mon imagination, et en cela, ils me semblent rassurants, parce qu’ils expriment seulement quelque chose. En revanche, oui, le rêve est étonnant, c’est une énigme parfois bien compliquée à décrypter, si l’on cherche à savoir d’où vient le rêve, ce qui l’a occasionné. Et dans cette affaire de décryptage onirique, Freud est d’un piètre secours, puisque tout ou presque, chez ce psychanalyste, renvoie à la sexualité, à la censure, au refoulement. Cette analyse ne me convainc pas. J’ai cherché d’autres penseurs, mais, je dois l’avouer, pas de manière très fébrile. Aujourd’hui, tenir un journal de rêves consiste à retranscrire, au plus proche, avec mes hésitations et mes ratures (que je laisse visibles, celles-ci) ce qu’il me reste du rêve vécu. Et après, je consulte un dictionnaire des rêves en ligne, qui est un support dont je reste critique, parce que je suis intimement persuadée que, si le rêve contient bien des symboles, ceux-ci sont d’abord les nôtres, et que c’est notre propre affaire que d’élucider ce que la vague, la mer ou la maison disent de notre imaginaire, de notre inconscient ou de notre expérience de vie en cours.

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     Ce que je souhaite maintenant partager avec toi, lecteur qui passe, ce sont les étonnantes répétitions et découvertes que j’ai faites lors de la tenue de ce journal. D’abord, je rêve énormément d’animaux. C’est assez déconcertant, et très difficile à analyser. Des chats et des chiens, bien sûr, mais aussi des girafes, des lions, des tigres, des mouches, un âne, un hibou. Ensuite, je suis également très étonnée par le réalisme de certains rêves, et par les détails incongrus qui se rappellent à moi lors du réveil : les matières des éléments, les paroles prononcées, les chiffres présents, les personnes, dont certaines présentes dans le rêve sont des êtres que je ne côtoie plus depuis des années, les tenues, la lumière. De même, relire mon journal de rêves me montre aussi la faculté étonnante qu’à l’imagination à produire un sens du familier dans l’univers onirique, alors même que tout est une construction mentale. Je m’explique : la maison  est un lieu où se déroule de nombreuses aventures de mes nuits (ou de mes siestes). Et pourtant, toujours familière, souvent la mienne, celle-ci n’a que très rarement les traits de ma maison familiale connue, ou de mes lieux de vie, passés ou actuels. De même, je suis très étonnée aussi par l’enchevêtrement parfois très compliqué, mais néanmoins crédible et vivable, des situations proposées par certains de mes rêves. En voici quelques unes, éparses :

« Je regarde par la fenêtre et je vois des gens faire du trampoline sur des câbles. Ils ont l’air de s’amuser mais c’est dangereux. Ce qui est bizarre c’est que juste après j’ai deux images : d’abord le trampoline par terre et des gens qui continuent à sauter dessus, comme s’ils étaient tombés mais qu’il ne s’était rien passé de grave, et un autre moment où quelques uns sont encore sur les câbles, ils savent qu’ils vont tomber, ils tombent, et se retiennent tous d’une main au câble. » 

« il s’agit de s’enfuir par la fenêtre, je prends une sorte de corde, je me balance, j’arrive sur un balcon de gens, puis je repars en arrière, puis je fais le tour de l’ensemble du bâtiment suspendue à ma corde/tyrolienne, je vois des gens qui mangent sur une terrasse, c’est la nuit, c’est agréable et rigolo de traverser la ville comme ça. Après ça devient inquiétant, je me rends compte que je vais super loin avec ma corde, elle finit de faire le tour d’un bâtiment imposant, une église. Je finis par atterrir, la corde, faite de perles, craque plus ou moins, j’ai peur de tomber, je finis par tomber de justesse sur le toit. Je crois connaître un passage pour descendre facilement jusqu’à la ville et au sol et être en sécurité, mais finalement il me faut de l’argent pour le métro. Dans un endroit étrange (un cimetière ? c’est plutôt comme un étage un peu bizarre avec un côté cimetière), je/une personne croise des chats roux, gros, qui avalent/recrachent des pièces d’un euro, ils se jettent dessus, en faisant un bruit bizarre. Je crois que je cherche justement une pièce de 2€ pour pouvoir prendre le métro. »

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« il y avait une sorte de jeu avec des gens, c’était en extérieur ( ?) je crois. Il fallait jouer/  et deviner des animaux/personnages. A un moment, on commence et le premier fait le minotaure, c’est un garçon. Il me court après, autour d’un étendoir à linge ( ?) Après, j’imite un personnage, les harpies. Je vais voir seulement les filles, je leur souffle que je suis une harpie et ensuite je fais des mouvements d’oiseaux en ricanant. Je crois que les garçons ne comprennent pas. Ensuite c’est bizarre, il y a deux personnes qui veulent imiter un géant, et donc ils décident de prendre pour ça des grues qui montent et qui descendent, et ils veulent finir leur numéro au supermarché en achetant de très gros pots de moutarde. Par rapport à cette idée je dis que ce n’est pas très crédible parce qu’on verra que le pot de moutarde sera trop petit par rapport au géant puisqu’il fera à peu près la hauteur du siège de la grue et qu’on verra qu’ils ne sont pas si grands que ça. Bon finalement je me retrouve plus ou moins en haut sur la grue, j’avance vite mais comme je suis très haut, la redescente est trop lente et à un moment il y a un fil plus bas qui bloque le passage si je reste en hauteur  du coup je dois faire descendre très vite la cabine, sensation de crampe dans le ventre. »

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Voilà, la petite incursion dans le monde des rêves et des réflexions qu’ils engendrent s’achève pour aujourd’hui. Et toi, qui passes ici, quelle expérience et quelle relation as-tu concernant tes rêves ? As-tu déjà tenu un journal de rêves ?

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Château de Fontainebleau (errance photo)

J’ai été paresseuse ses derniers mois, car j’ai changé presque totalement de vie, et je n’ai pas eu beaucoup de temps à accorder à mes passions, que ce soit la photographie ou l’écriture. Voici une petite mise à jour de quelques unes de mes errances photographiques qui ont ponctué ces derniers mois !

Ici, une balade au château de Fontainebleau et quelques photos volées qui m’ont plu.

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Blanc dans ma tête, vide dans mon coeur

 

Totalement tétanisée par la tristesse,
Mots qui butent, corps qui flanche, larmes absentes,
J’erre. Blanc dans ma tête, vide dans mon cœur.
Noir tout autour, le plein d’absurde chaque jour.

Dieu, apprends moi à faire le deuil, toi qui tue
Tes fils, chaque jour, sans raison, sans prévenir.
Donne-moi du sens pour vivre, rester debout,
Moi qui suis là et lui, parti je ne sais où.

Oublier, peut-être. Ce serait un remède.
Odieux, horrible, obstiné souvenir d’hier.
Tous ces beaux jours de joie inconsciente et prospère
Perdus, évanouis, à jamais, dans l’inconnu.

La négligence

Dans mon article précédent, j’évoquais une manière d’envisager les relations par une métaphore, celle de la plante verte. Et bien sûr, comme tout être vivant qui se respecte, une plante verte a besoin (selon les caractéristiques spécifiques de son espèce) d’une certaine attention, d’un soin particulier. Qu’il s’agisse d’un cactus ou d’un pot de fleurs, un végétal, extrait de son milieu naturel, à qui on n’accorde pas ce soin, dépérit tôt ou tard. Une relation, comme une apparence, peut être négligée. On choisit délibérément de ne pas s’en occuper, de la laisser comme elle est, de ne pas en prendre soin. Qu’il s’agisse du rapport à soi ou de la relation avec autrui (l’aimé, l’ami, le parent, le collègue), on observe parfois la présence de la négligence. Par négligence, j’entends ici tout à la fois le désinvestissement, l’inattention, la procrastination, la « flemme », quelque chose comme une indifférence au soin.

 Dans le rapport à soi, la négligence peut être physique ou mentale : ne pas faire attention à son apparence et choisir d’être négligé, n’est-ce pas, dans la démarche,  à peu près la même attitude que celle d’avoir une hygiène de vie néfaste (sauter des repas, ne pas dormir suffisamment, etc.) ? Je pense ici à l’antinomie de cette négligence, qui me semble être le « kalos kagathos » (je n’écris pas le grec désolée pour l’orthographe incertaine), c’est-à-dire la quête du « beau » et du « bon », ou encore la maxime romaine  « Mens sana in corpore sano » (Juvénal, Satire X). La négligence serait alors le « je-m’en-foutisme » délibéré du « sain », dans une attitude revendicatrice disant, grossomodo « de toute façon je m’en fous, c’est mon corps je fais ce que je veux ».

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capture d’écran de la série hilarante  « the last man on earth »

Dans le rapport à autrui, la négligence me semble prendre deux formes distinctes : celle du refus de se plier à un devoir (la négligence serait alors un désinvestissement rebelle, relevant peut-être d’une éthique) ou celle de l’inattention, du non-soin. Ainsi, un individu peut adopter, dans le travail, une attitude ou des paroles qui ne respectent pas les règles : l’élève qui ne fait pas son travail, l’employé qui arrive systématiquement en retard, le travailleur qui bâcle son travail. Ici, je m’interroge : qu’est-ce qui cause/occasionne ce désinvestissement ? Comment permettre ou (re)construire de l’investissement ? Par ailleurs, en ce qui concerne les liens que l’individu entretient et nourrit avec autrui dans un cadre affectif (amitié, famille, amour), quels sont les critères pour définir les indices de la négligence ? Une femme qui dit de son mari « il me néglige » peut tout à la fois dire « il ne me parle pas », « il ne me désire plus » ou « il ne s’intéresse pas à moi ». De même, les drames amicaux et amoureux de l’adolescence se forment aujourd’hui sur un message lu et non répondu sur facebook, ou encore sur un silence incompris de plusieurs heures ou plusieurs jours, à l’heure de la communication quasi-instantanée. Dans la relation avec autrui, notre progrès technique semble donc favoriser le sentiment de négligence – si ce n’est la négligence elle-même. Qu’est-ce qui fait que je réponds immédiatement à tel ou tel message, et non à celui-ci ?

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capture d’écran de la folle série anglaise  « how not to live your life »

Dans le rapport au monde (environnement naturel, urbain, lieux, animaux, etc.), la négligence peut également être de deux degrés distincts : d’abord, l’indifférence, le désintérêt; puis le comportement négligent néfaste. Ainsi, on peut être indifférent ou désintéressé par l’écologie, le tri sélectif, les enjeux destructeurs de certains types de consommation de produits (huile de palme, traitement des animaux dans l’industrie agro-alimentaire, etc.). Le désintérêt s’illustre alors essentiellement par le refus de s’informer, et une forme de paresse dans l’immobilisme de pratiques quotidiennes avérées néfastes pour l’environnement. Le second degré est celui qui correspond, à peu de choses près, à l’attitude d’un homme qui crache dans la rue : il s’agit du « je m’en foutisme » poussé à l’extrême, dans lequel on trouve, pêle-mêle,  les déchets abandonnés en pleine nature, la maltraitance ludique ou l’abandon des animaux domestiques, la chasse divertissante des animaux en voie d’extinction, ou même le mégot jeté négligemment sur le trottoir.

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capture d’écran illustrant la dendrophilie, sexualité dirigée vers les végétaux,
issue de la série exquise « My name is Earl »

 le désinvestissement politique est-il une négligence ?

Quelles sont les conditions préalables à la négligence ?

 La négligence est-elle nécessairement l’indice du désintérêt ?

 Sur le plan affectif, ne néglige-t-on que ce que l’on considère comme acquis ?

Sur le plan personnel, la négligence peut-elle être saine ?

Dans quelle mesure l’éthique (la morale) permet-elle de penser la négligence ?

Voilà en vrac quelques idées et beaucoup de questions sur cette notion de négligence. A cela, il faut encore ajouter le fait que caractériser une parole, une personne, ou un comportement  comme « négligent » est le fruit d’un jugement. Dans la majorité des cas, donc, un individu X juge un individu Y. Seulement, cette « négligence » est-elle toujours consciente, choisie, délibérée ? Est-elle seulement véritablement de la négligence, ou simplement un comportement, un discours, une posture de l’individu Y qui ne correspond pas aux codes de l’individu X ? (Ici, je réfléchis surtout à propos du ressenti de la négligence dans le cadre affectif.)

J’attends vos réponses, vos questions, vos avis et vos idées pour continuer à penser tout cela (et notamment élaborer une réflexion sur l’opposé de la négligence, le soin).

Les relations sont des plantes vertes

(ceci n’est pas un prétexte pour les photos végétales.  Teneur philosophique extrême, attachez vos ceintures, attention au départ.)

Avec S., on a parfois, le soir, alors que le temps vire à l’orage et que l’on est affalées sur le canapé-lit, des discussions socio-psycho-philosophiques qui se transforment en  métaphore filée géante.

La dernière en date : les relations (amoureuses / amicales / familiales) sont des plantes vertes. Pour qu’une plante pousse, il lui faut du soleil et de l’eau. ça fait la photosynthèse, après elle est toute verte et ses feuilles frétillent. Continuons la métaphore : disons que l’eau constitue les échanges, les moments passés ensemble, bref, l’ensemble des interactions qui se nouent entre deux individus. En plus, comme l’eau est un nom massif, c’est un tout indivisible et on a pas besoin de se poser la question de qui fait quoi parce que sinon on rentre dans une histoire de calcul et c’est une autre histoire (qui ne me plaît pas, je n’ai jamais aimé les maths).  Disons que le soleil c’est la fréquence de ces interactions – attention, je sens les objections venir, attendez la fin siouplé. Enfin, disons que la qualité de la relation c’est la vie de la plante (elle fait des fleurs, elle frétille, elle grandit, elle a des fruits, etc.).

Notez au passage que bleu + jaune = vert

donc pour ceux qui aiment les calculs tout va bien.

(au passage, le drapeau correspondant à ce calcul est celui de Bray-Dunes, ville située à la pointe Nord  de la France, et que je n’ai pas encore visitée, trois fois hélas.) 

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Hé bien, il y a autant de relations qu’il y a de plantes vertes. Soit, selon Wikiwiki, plus de 400 000 espèces différentes. Chaque espèce de plante a ses caractéristiques. Elle a son climat, sa morphologie, ses cycles, sa vie, sa mort… L’avantage d’envisager les relations comme des plantes vertes, c’est qu’on explose la notion de norme, ou de normalité. Par exemple, si vous arrosez trop un cactus, il meurt. De même, mettez un rhododendron en plein soleil, et bim, il fait la gueule.

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Je vous présente Socrate et Platon, les cactus adoptifs de F. et moi

Idem en ce qui concerne la durée de vie d’une relation : le pin de Bristlecone Mathusalem,  en Californie, par exemple, existe depuis 4848 ans. A côté, le coquelicot ne vit qu’un instant. Mais c’est beau, quand même, un coquelicot. L’avantage de cette métaphore filée, c’est donc qu’elle détruit toute comparaison (sans mauvais jeu de mots).

Franchement, on ne peut pas comparer un cactus, un baobab et une marguerite.  On dirait le début d’une blague pour petite fille de 6 ans. Ba voilà.

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Bim, explosé, le système normatif des relations affectives.

Il n’y a plus une, deux, dix types de relations. Fini, ko, Over, les tests MadameMagazine qui déterminent votre BestaCopine ou votre AlterEgoIdeal. Désormais, il vous reste la possibilité d’approfondir vos connaissances en botanique, truelle d’un côté, et arrosoir de l’autre.

Plus sérieusement, envisager les relations par le prisme végétal libère beaucoup. Une discussion amorcée depuis quelques temps avec F. a fait surgir la difficulté, notamment à propos du rapport amoureux, d’envisager une manière de vivre la relation en s’extirpant des schémas suivants :

 [coup de foudre + passion + mariage + enfants + maison + chien, 4×4]

{- divorce – dépression – crise de la quarantaine – rencontre amouricale de la 50aine}

Bien sûr, comme tout schéma qui se respecte, ceux-ci sont caricaturaux. Ils restent tout de même effrayants, qu’on s’arrête ou non à la parenthèse positive. Tentez maintenant de caricaturer un châtaignier, une rose, ou même une fougère ! Suivant l’espèce de votre relation, vous comprendrez (seul(e) ou à deux) si, pour « fleurir », votre relation se construit avec peu/beaucoup d’interactions, à une fréquence et une quantité +/- importante.  Et quand bien même votre relation (amoureuse, amicale, familiale) ne relève pas de l’espèce des arbres centenaires, qu’importe !

Enfin, n’oublions surtout pas, afin de ne pas s’enfermer dans l’une des 400 000 espèces existantes, que chaque année, on découvre 2 000 nouvelles espèces de plantes jamais répertoriées auparavant.

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Agreg 2016 : Climax

Cette année, j’ai fait le choix de ne pas écrire sur l’agrégation parce que :

1- J’ai fait des articles l’année dernière

2- J’ai refait une année et je n’en n’ai pas été très fière (un peu comme lorsqu’on finit un pot de Nutella dans son appart et qu’on ne nuit à personne mais qu’on a fait ça de manière compulsive et qu’on ne peut pas s’empêcher, bizarrement, d’avoir une culpabilité enfantine)

3- Ecrire sur l’agrég au lieu de préparer l’agrég, c’est vraiment trop 2014 quoi.

Mais comme l’agrég, tu l’aimes ou tu la quittes, et que je vais bientôt en finir, voici un résumé en accéléré de cette année, intitulée Climax. Le dictionnaire m’indique qu’un climax est « le terme d’une progression, ascendante ou descendante » ou  » point culminant« . On est content. Ce terme résume bien la trajectoire de mon année, et celle, en symétrie parfaite, de mon mal de dos. 

Donc, oui, j’ai refait une année. J’ai retrouvé mes deux copains (Z. et C., merci à eux d’avoir été là cette année), on s’est mis au premier rang, on a changé de côté parce que le côté droit ça nous rappelait trop l’année d’avant, et on a fait un trio comique à notre manière, parce que notre ami Figaro, cette année, nous a rappelé l’importance de s’ « empresser de rire de tout, de peur d’être obligé(s) d’en pleurer ». Et on est là, en cours, on fait un peu les marioles parce qu’entre redoublants, la seule manière d’arriver à accepter d’être encore là, c’est de se rendre compte de tout ce qu’on a appris, quand même.(Voir l’article de Vice Magazine qui souligne à quel point le concours de l’agrégation est destructeur, un peu). Alors on fait des blagues sur la négation bitensive et puis on se sent toujours aussi mal dans nos baskets, alors on se met au boulot et – sans blagues – on travaille comme jamais. Finie la rigolade, finies les dispersions grammaticales dans Le Goffic et La GMF, finies les vingtaine d’heures passées à réfléchir stylo en main sur un sujet de leçon sans rien finaliser.  On apprend à synthétiser, faire les concours blancs dans les temps, comme il faut, on va courir pour que le corps ne meure pas à petits feux. Discipline, rigueur, plan en trois parties trois sous-parties avec une accroche, des transitions et une belle ouverture sexychocolat.

L’avantage de la discipline, c’est que le travail avance de manière constante. On pense à tout ce qu’il nous reste à faire et on évite de trop compter les jours, même si on le fait quand même. A ce propos, je tiens à souligner la terrifiante habitude prise cette année : tenir un journal de travail, avec date, nombre de jours restants avant les écrits, nombre d’heures passées sur tel ou tel exercice/ouvrage. Oui, oui, l’agrégation m’a rendue maniaque et psychorigide. Et puis les écrits arrivent. La semaine se passe, et bien sûr, je compare avec l’année dernière : bizarrement, ça semble plus dur, tout est mitigé, le sujet de dissertation c’est Ronsard et ça me fait chier de parler d’amour, on tombe sur Zola en grammaire et tout le monde est dégoûté, d’autant plus que le jury s’est amusé cette année à nous faire une jolie question de synthèse en lexicologie sur le figement lexical. La version de latin nous achève et on sort de là complètement « incertain », pour citer notre Blaise Pascal national. Dans la foulée, parce qu’un concours n’est jamais suffisant, avec les copains on passe le CAPES qu’on a pas vraiment préparé, il y a une énorme montée pour aller au lycée où se déroulent les écrits, on y voit du symbolique et on se sent un peu con de tout intellectualiser comme ça. On se marre un peu jaune parce qu’on a fait comme on pouvait nos épreuves, et qu’en bons candidats à un concours, on sait bien qu’on aurait vraiment pu mieux faire si on avait préparé ça comme il faut.

S’ensuit le doute de l’attente des résultats. Sachez-le, rien n’est plus détestable que l’attente du résultat d’un concours, qui plus est quand on le passe pour la seconde fois, et qu’on a mis le coeur, les tripes, le dos dans la bataille. Et les résultats arrivent. Joie d’être admissible, dégoût de perdre mes compagnons qui ont travaillé aussi vaillamment, aussi durement. Puis, ascenseur émotionnel quasi quotidien de la préparation des oraux :

joie – épuisement – combattivité – lassitude – hargne – mal de dos – espoir.

Lente et systématique préparation quotidienne, pratique des exercices oraux que je n’avais pas faits l’an dernier, résolution quotidienne d’être  préparée, cette fois. La discipline, encore et toujours, comptabilité du temps de travail, craquages occasionnels soignés à coups d’amitié, de soutien familial, câlins amoureux, cuisine et sport.

Et nous voilà en juin. J’ai passé mes deux premiers oraux et j’ai toujours mal au dos. Pour reprendre l’expression paternelle, « je suis tendue comme un string ». Ou, pour faire plus chic, on peut résolument appliquer le titre du chef d’oeuvre d’Almodovar à ma situation actuelle : Femmes au bord de la crise de nerfs. Quels que soient les résultats, cette année, je serai allée jusqu’au bout. Et, dans ces derniers instants paroxysmiques (on se fait plaisir avec le vocabulaire ce soir), les mots de Beckett dans Fin de Partie résonnent résolument :

«  ça va finir, ça va peut-être finir. Les grains s’ajoutent aux grains, un à un, et un jour, soudain, c’est un tas, un petit tas, l’impossible tas. »

Pour ceux qui auraient la flemme de tout lire, un résumé en images de cette année-climax

Septembre 2015 : la rentrée 

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Mars 2016 : les écrits 

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Juin 2016 : les oraux 

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