La fin d’un monde – Jeu n°4

La règle du jeu : photo/texte. Les participants déposent une photo, réalisée  ou choisie par eux. Ils choisissent ensuite celle à partir de laquelle ils écrivent un texte de forme libre. 

J’ai choisi la photo suivante, faite par W.

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        L’album photo reposait sur la table basse. Arthur et Joseph regardaient leur grand-père en trépignant d’impatience. C’était l’heure de l’histoire, celle d’avant. Qu’est-ce que c’était curieux, ces récits de leur papou si grave et triste ! 

        Le vieil homme saisit l’objet, le feuilleta, indécis, laissant ses doigts caresser avec une tendresse un peu honteuse ces souvenirs, dont certains s’effaçaient déjà. Il saisit une photo aux couleurs sombres et jaunies, lut l’inscription écrite au verso, ce qui le fit sourire. Il la présenta aux deux enfants. 

– Regardez cette image. On dirait qu’elle ne raconte rien, n’est-ce pas ? Et pourtant, elle contient tout un monde. Elle raconte un virage, une révolution. Vous savez, bien sûr, que notre  époque changea en 2020. C’est loin, pour vous. C’est une vieillerie, une date un peu légendaire, dont vous avez entendu parler mais qui n’existe pas dans votre chair. Cette image, elle montre notre innocence juste avant qu’elle soit perdue. J’étais déjà avec poupou Angelo, on s’aimait fort, fort comme notre jeunesse, on vibrait de sérieux autant que d’enfantinerie.

– C’est quand vous vous êtes rencontrés, cette photo, Papou ? demanda Arthur, qui voulait toujours accélérer les récits volubiles du grand-père. 

– Non, c’est bien après. En réalité, cette photo est anodine. C’était un soir comme un autre. Poupou avait fait venir une amie photographe, Cosette Hardouin. C’était une artiste qui commençait à être connue, et elle travaillait alors sur une série de photos qu’elle appelait Portraits d’intérieur. C’était une idée un peu loufoque, qui consistait à figer une ambiance, des objets, une lumière, comme s’ils étaient la carte d’identité d’un lieu, d’une époque, et d’une personne. On l’a un peu taquiné en disant que c’était du grand n’importe quoi et que ça ne marchait pas, parce qu’une image est toujours réinterprétée par celui qui la regarde. Elle a fait la sourde oreille, a chamboulé tout l’appartement pour avoir assez de recul pour photographier ce petit bout de table et cette lampe. Puis, elle s’est retournée, satisfaite, et elle nous a dit : “Voilà. Ça, que vous le vouliez ou non, c’est vous, et c’est maintenant”.

Joseph fronça les sourcils, examina la photo de plus près, avant de dire : 

– Mais c’est nul. On voit rien de spécial…

Le vieillard esquissa un sourire amer. 

– Tu vas trop vite, Joseph. Je n’ai pas fini mon histoire. Comme je l’ai dit, c’est une photo anodine. Mais ce que vous ne savez pas, c’est qu’elle a été prise le dernier jour. C’était notre dernière soirée ensemble. Après ça, tout a changé. Une semaine après, Cosette était morte d’asphyxie.

Des larmes embuèrent le regard du vieil homme, alors qu’un silence lui barrait la gorge. Il reprit enfin, un peu plus gravement encore : 

– C’est cette nuit-là que l’air a été rendu toxique, c’est le lendemain que des millions d’individus sont morts en sortant simplement dans les rues, c’est le jour d’après que les scientifiques ont compris qu’on ne pourrait plus jamais sortir prendre l’air, et qu’on ne pourrait plus ouvrir les fenêtres pour respirer un grand coup. Pour vous peut-être, cette photo n’est rien, mais elle a été, sans le savoir, la porte entre deux mondes. 

Les yeux des deux enfants s’ouvrirent en grand. Ils peinaient à imaginer cet avant qui ne leur disait rien, car leur présent était la seule chose qu’ils connaissaient, et ce passé ne provoquait en eux aucun émoi, si ce n’est un divertissement exotique. Mais les fantômes et la nostalgie qui déformaient les traits de papou serraient leur gorge et leur cœur, et c’est ainsi qu’ils apprirent ce qu’était la fin d’un monde.

 

Nota Bene : W. est un ami cher, amoureux d’un autre ami cher, F-P. Nous avons préparé tous les trois ensemble l’agrégation, et je les ai pris en photo dans leur amour naissant. De nombreux clins d’oeil à notre amitié, à notre préparation au concours, et à ce temps révolu de compagnonnage se sont glissés au cours de l’écriture, dont le titre de ce texte et sa chute, qui était l’intitulé de l’un des parcours de littérature comparée que nous avions au programme ; mais aussi celui qui est tombé à l’écrit. En quelque sorte, en plus d’être un texte produit sous contraintes, j’ai voulu en faire un gage d’amitié, contaminé bien sûr par l’époque trouble et inquiétante de ce que vit notre monde aujourd’hui. 

La découverte – Jeu n°3

   La règle du jeu : La bonne pioche.  les participants déposent une liste de 6 mots (trois jolis mots, trois mots haïs).les participants écrivent un texte de longueur et de forme libre à partir d’au moins 6 mots piochés auprès des autres participants.  Mes mots piochés: sérendipité, cloaque, silhouette, cruciforme, obnubilé, décryptage, gerbe.

         Henry Frank Phillips avait, depuis l’âge de 7 ans un quart, développé une passion secrète pour tout objet, jeu ou oeuvre d’art cruciformes. Tout avait commencé par une histoire de cabane dans le jardin de sa grand’ma. A l’aide de corde rêche et de bois, il avait crié de joie lorsqu’elle lui avait montré comment faire un toit solide et durable, avec cette forme sortie de l’humanité la plus primitive : 

– Tu vois, kiddo, voici la base de toute construction. Les grandes choses ont des petits débuts. Avec ça, tu pourras bâtir tout ce que tu veux ! 

       Elle lui avait dit cela sans savoir à quel point ces paroles résonneraient durant des années dans l’esprit du petit bâtisseur. Obnubilé par cette forme magique, il s’en était servi pour faire des murs, un sol, des palissades, et en moins de 58 jours, le fond du jardin ressembla à une forteresse romaine ou amérindienne, suivant l’angle avec lequel on la regardait. 

      En toute logique, Henry devint d’abord un jeune vendeur de croix religieuses, et sa fougue oratoire réussissait à convaincre même les prêtres les plus modestes de dresser dans leurs églises des croix gigantesques, signes de l’immensité de la bonté divine et de la solidité de la foi chrétienne. 

         Pourtant, à l’âge de 33 ans, au carrefour de la vie des hommes, il prit conscience de la vacuité de son entreprise et rêva plus grand: comment pouvait-il donc sensibiliser le monde entier à la puissance de cette forme ? Il repensa avec envie et amertume au funeste Samedi 21 décembre 1913: il avait 24 ans, il venait de vendre une immense croix en bois d’ébène dans une petite église du New Jersey, et il avait acheté le New York World  pour se délasser un peu en lisant les nouvelles de la semaine. Soudain, son regard tomba sur un losange vide, dominé du mot fun. Quelques instants suffirent pour qu’il comprenne la règle du jeu : un certain Arthur Wynne venait d’inventer la pratique mondiale et démocratique des mots-croisés. Un soupir de frustration le saisit, une fois de plus, à la gorge, alors qu’il se remémorait ce jour sombre. Qu’il aurait aimé avoir pu être l’inventeur de cette merveille ! La joie du décryptage des définitions alambiquées, associée au plaisir des croix de mots apparaissant en cascade, était pour lui l’apogée de la jouissance cruciphile. Il fallait qu’il trouve quelque chose. Il décida donc de poursuivre sa carrière de commerçant en diversifiant les produits qu’il allait vendre : il dénicherait bien quelque chose qui lui permettrait d’ajouter sa croix à la construction du monde. 

       Dix ans passèrent, dans la frustration la plus extrême. Ses talents lui permirent d’amasser une fortune confortable, sans pour autant qu’il n’eût réussi à trouver ce qui pouvait donner un sens à sa vie. Un soir, après avoir déposé une gerbe de fleurs sur la tombe de sa si bien-aimée grand’ma, il se rendit, lourd de dépit, dans l’un des speakeasies de Portland, l’un de ses  cloaques cachés où l’alcool se mariait avec l’argent sale depuis une quinzaine d’années. L’ambiance âcre et humide était le cadre idéal pour son amertume. Ce soir-là, une silhouette étrangère et frêle attira son attention : l’homme portait sur son visage la même expression noire et rageuse qu’il se sentait lui-même arborer. Intrigué par ce double nocturne, il décida de lui payer une pinte, et l’homme se mit à parler : 

– Trois semaines que je tente de la vendre, cette petite merveille, et rien ! Ils me claquent tous la porte au nez, ces imbéciles ! C’est de l’or en barre, mon invention, mais personne ne le voit ! Je ferais mieux de me foutre en l’air, en bon-à-rien que je suis ! 

           La curiosité d’Henry se fit plus vive, et il le poussa, de pintes en pintes, à tout lui raconter. L’homme qui était face à lui était John Thomson, un inventeur qui avait découvert, par hasard, dans son atelier, suite à un accident d’usinage, une nouvelle forme de vis, et qui sentait combien celle-ci était révolutionnaire. La sérendipité de sa trouvaille, et celle d’Henry à se saisir immédiatement de celle-ci, changèrent la face du monde. Henry profita en effet de cette heureuse soirée pour acheter le brevet de la vis cruciforme, magnanime, il lui en proposa une belle somme et l’invita à le retrouver six mois plus tard, avec pour mission de forger le tournevis permettant d’en faire l’usage. A l’issue de cette soirée, Henry, fébrile, coucha sur le papier des projets en chaîne : brevets, ventes, entreprises, usines, campagnes de publicité. Le monde aurait sa croix. 

       Cinq ans plus tard, Henry Frank Philipps pouvait contempler avec satisfaction la révolution et l’empire qu’il avait bâti : le bâtiment, l’automobile, l’usine, l’aéronautique, et même n’importe quel bricoleur du dimanche se ruaient désormais sur ses vis cruciformes et les tournevis électriques qui allaient de pair. Le monde entier était désormais intimement rassemblé par une croix estampillée de son nom. Au crépuscule de sa vie, le petit Henry rayonnait devant sa construction incommensurable, et la phrase de sa grand’ma retentissait en boucle dans sa tête : “les grandes choses ont des petits débuts”. 

 

Nota Bene : ce texte s’inspire librement de faits réels. 

La mission – Jeu n°2

   La règle du jeu : Le pillage – Volons entre 3 ou 5 éléments ailleurs et recyclons-les dans une scène (production hybride bienvenue). J’indiquerai après le texte les éléments volés. 

         Ils devaient mettre le feu au laboratoire. La mission était claire : une fois à l’intérieur, tout arroser d’essence, allumette, sortir au plus vite, et boum. Alonzo se retourna : Yuri, comme toujours, traînait son regard vague sur tout, y compris sur les microscopes et les éprouvettes.  Alonzo attrapa son acolyte en grommelant à voix basse des insultes en italien. Il en avait plus qu’assez, de ce boulet. Heureusement, c’était bientôt fini. 

Mais Yuri s’arrêta net devant une énorme sphère bleue, encastrée derrière une lourde vitre de plexiglas sécurisée,  contenant des milliers d’organismes fluorescents roses qui s’agitaient doucement. Il dit lentement : 

– C’est un signe. 

Alonzo était rouge de rage. 

– Putain, Yuri ! Qu’est-ce que tu baragouines encore, stupido

– C’est un signe. La solution est là, c’est évident. Ça ne peut être que ça, que pour ça. On nous demande de la détruire. Ses yeux bleus s’obscurcissaient alors qu’il prononçait ces mots. 

– Mais non, tu ne réfléchis pas. Ce que tu dis n’a aucun sens. Et d’ailleurs, on n’est même pas là pour réfléchir. On fait le job, on se barre, basta. Tu veux vraiment chercher un sens à tout ça ? 

– Ce que je vois, personne ne le voit. On pourrait tout sauver. On pourrait tout réparer. C’est aussi simple que ça. 

– Bravo, bravo, monsieur le sauveur de l’humanité. Andiamo, je vais jouer à ton petit jeu débile des enfants qui s’inventent des histoires. Poussons ton raisonnement jusqu’au bout. Alors, on la prend comment, ta grosse solution miracle ? Ensuite, on fait quoi avec? On la distribue avec des pipettes ? Et comment ? C’est toi qui va choisir à qui on donne et à qui on donne pas ? questo è tutto, même dans ton délire, tu ne tiens pas la route. Allez, au boulot. 

Yuri ne bougea pas. Ses yeux s’agitaient de gauche à droite, semblant lire un code invisible dans l’air. 

–  Non. On ne peut pas la détruire. Il y a forcément autre chose à faire. 

– Et maintenant, tu vas faire quoi ? Tu vas parler ? Tu vas te taire ? Tu crois que quelqu’un quelque part en aura quelque chose à foutre de ta boule bleue et rose, là ? Tout le monde meurt, merda ! Il ne reste plus que nous, parce qu’on est fottutamente anormaux. C’est notre chance et notre fardeau. 

– Je sais qu’être décalé est une force. Cela les sauvera peut-être.

– Une force ? Une force ! Voir mourir un à un ceux qu’on aime, sans rien pouvoir faire, c’est une force ? Ma sei molto malato, mio ​​povero! Savoir qu’ils ont tous, oui, tous, des milliards de gens, cette bombe à retardement en eux, qui grandit, et puis qui implose un jour, senza preavviso, boum, et rester là, à regarder, sans rien faire, en sachant qu’il ne nous arrivera jamais rien, à nous ? Une force, tu dis ? Alonzo, de colère, décocha un coup de poing dans un mur. De toute manière, il ne pouvait rien sentir, alors, qu’importe? 

    Yuri le regarda. Il regarda à nouveau cette solution, si bleue, si bancale, si vaine.

      Puis, il se résigna. 

 

Sources du pillage 

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capture d’écran de série géniale Dirk Gently

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capture d’écran du très beau film At eternity’s gate de Julian Schnabel

Kateb Yacine, Le Polygone étoilé, « Dans la gueule du loup »:

Et maintenant vas-tu parler ? Et maintenant vas-tu te taire ?”

Ito Naga, Je sais :

« Je sais qu’être décalé est une force. » 

 

Fugues de vers – Jeu n°1

   La règle du jeu : La règle des trois: prenons trois couleurs, trois lieux, trois noms. Écrivons trois paragraphes (longueur libre) qui leur donnent vie.   Couleurs et lieux imposés : vermeil, mordoré, ocre ; la plage, une pinède, une église du seizième siècle.   

 

          Adam sur la plage ramassait les coquillages. Le soleil ardent burinait un peu plus chaque jour sa peau asséchée par les embruns et le vent. Ses boucles noires étincelaient des gouttelettes de sa sueur, parsemées ici et là de sable ocre. Ses grandes mains rugueuses cherchaient les cauris entre l’écume et le limon. Tout doucement, au grès du bruit des vagues, une petite mélodie se glissa dans ses pensées, coulant jusqu’à ses lèvres : « Écho, qui parle quand on fait du bruit Au-dessus d’une rivière ou d’un étang ». Une houle d’amertume le saisit, il repensa à cette femme qu’il avait tant aimée et qui n’était plus.  La mélodie se fit persistante, et une larme rejoignit les lames de la mer, alors qu’il chantait à voix basse le refrain : « mais où sont les neiges d’antan ? ».

       Arcadia dans l’église faisait ses vocalises. Sous les arcades, les vitraux colorés laissaient filtrer des rayons vermeils qui caressaient amoureusement sa peau laiteuse. L’aria de Bach était difficile, mais elle s’était promis de faire vibrer ce cri du coeur dans ces murs du XVIème siècle. Pourtant, cela faisait des jours que sa voix ne portait plus. Interdite, elle tenta de la forcer, mais intérieurement, d’autres notes prenaient le dessus : « La reine blanche comme un lys qui chantait comme une sirène ». Quel était donc ce chant ? Pourquoi n’arrivait-elle pas à le sortir de sa tête ? Son regard se posa sur la vierge aux larmes noires, et elle détourna la tête. Oui, c’était donc cela. C’était la foi qui s’enfuyait. Sa voix, pourtant nouée, résonna enfin au plus juste : « mais où sont les neiges d’antan ? ».

         Alice dans la pinède recueillait tous ses remèdes. La lune rousse était l’aide précieuse débusquant l’acanthe, l’absinthe et la capricieuse mandragore. Les lueurs lunaires faisaient bleuir les lèvres d’Alice et sa tresse mordorée. Elle aperçut une plante étrange, et sortit son herbier d’apothicaire. Dans la nuit lourde, une petite mélopée ancienne l’enveloppa : « Dites-moi, où et en quel pays est Flora, la belle romaine ». Elle frémit. Elle avait entendu parler de ces vers d’oreilles* avides qui traînent dans l’air et se lovent dans les âmes des solitaires. On disait d’eux qu’ils faisaient éclore les nostalgies, ou rendaient fous. Elle repensa à la vieille herboriste de son enfance qui riait toutes les nuits en chantant. Terrifiée, elle sentit malgré elle d’autres mots sourdre du fond de sa gorge : « mais où sont les neiges d’antan ? ». 

*vers d’oreilles est la traduction d’un terme anglais, earworm, évoquant ces airs musicaux qui nous viennent en tête et dont on ne réussit pas à se débarrasser. 

Jeux d’écriture et confinement – le début

 

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capture d’écran du génial Cigognes et Compagnie

Suite à une soirée particulièrement morose et à un échange très stimulant avec A., amie et professeure de chant, j’ai décidé de mettre en place un petit lieu de jeux d’écriture en partie collaboratif. L’idée était de profiter du confinement pour renouer avec des amours délaissées, comme l’écriture, la lecture et le chant. Comme j’ai toujours été plus productive lorsque je faisais des ateliers d’écriture avec d’autres (ami.e.s, famille, amoureux) j’ai eu l’idée de proposer une plateforme avec des règles d’écriture (inventées par les participants, ou, à défaut, par moi) qui conduisait à produire, tous les cinq jours, un texte, parfois à partir de collaborations ou d’interactions. Cela fait désormais quinze jours et trois règles du jeu et je suis relativement satisfaite de l’ensemble des textes produits, qu’il s’agisse des miens ou de ceux que j’ai la chance de pouvoir lire. Les participants sont peu nombreux, les lecteurs et les passants à peine plus, mais nous avons réussi à faire un lieu virtuel de rencontres, à taille suffisamment humaine pour que les échanges soient – pour le moment – réguliers et constructifs.

Les articles qui suivent sont mes productions à ces jeux, j’espère pouvoir éventuellement avoir ici une autre forme de retour, qu’il s’agisse de remarques d’amélioration ou d’éventuelles envies de participation.

 

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Capture d’écran de l’excellente série Mad Men

Et vous, avez-vous déjà fait des jeux d’écriture ?

Tenir un journal de rêves

Lecteur, lectrice, passants,

       Je partage avec toi cette étrange affaire qu’est la tenue d’un journal de rêves. En ce qui me concerne, tout a commencé en 2014, lorsque j’ai accepté de commencer un long travail avec une psy, et que, conséquemment, une foule de rêves plus étranges les uns que les autres a commencé à peupler mes nuits. Quelques fois, d’ailleurs, je les ai partagés, voire analysés, avec ma thérapeute. Mais, en réalité, pendant deux ans ou presque, je me suis mise à écrire, parfois tous les matins de ma semaine, cette vie onirique qui agitait mes draps. Ce qui est amusant, lorsqu’on commence à écrire ses rêves, c’est que la mémoire de ceux-ci se développe de plus en plus. A contrario, lorsque j’ai arrêté de les écrire, la conscience que j’en avais s’est éteinte peu à peu. Depuis trois mois, je recommence donc à écrire mes rêves, et, alors que j’achève d’écrire celui qui m’a tenue en haleine cette nuit, j’ai décidé de (re)parcourir les étranges formes qui avaient peuplé ces nombreux rêves passés.

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          Quand on s’intéresse un peu, sur les forums, les sites ou dans les livres, à l’expérience des rêves, on tombe bien sûr sur tout un tas de littérature étrange, vaguement ésotérique ou très symbolique, qui n’aide pas beaucoup l’esprit cartésien qui cherche à s’emparer de ce matériau vague et volatile qu’est le rêve. Je ne suis pas Nerval.  J’aime beaucoup sa fascination toute particulière pour le rêve, qu’on lit dans Aurélia et dans à peu près tous ses textes, et qui se cristallise assez bien dans les mots suivants :  « Le rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible. » Toutefois, pas de frémissement, pas de terreur pour moi lorsque je couche mes rêves sur le papier. S’ils sont parfois intenses, éprouvants, terrifiants ou drôles, ce sont des produits de mon imagination, et en cela, ils me semblent rassurants, parce qu’ils expriment seulement quelque chose. En revanche, oui, le rêve est étonnant, c’est une énigme parfois bien compliquée à décrypter, si l’on cherche à savoir d’où vient le rêve, ce qui l’a occasionné. Et dans cette affaire de décryptage onirique, Freud est d’un piètre secours, puisque tout ou presque, chez ce psychanalyste, renvoie à la sexualité, à la censure, au refoulement. Cette analyse ne me convainc pas. J’ai cherché d’autres penseurs, mais, je dois l’avouer, pas de manière très fébrile. Aujourd’hui, tenir un journal de rêves consiste à retranscrire, au plus proche, avec mes hésitations et mes ratures (que je laisse visibles, celles-ci) ce qu’il me reste du rêve vécu. Et après, je consulte un dictionnaire des rêves en ligne, qui est un support dont je reste critique, parce que je suis intimement persuadée que, si le rêve contient bien des symboles, ceux-ci sont d’abord les nôtres, et que c’est notre propre affaire que d’élucider ce que la vague, la mer ou la maison disent de notre imaginaire, de notre inconscient ou de notre expérience de vie en cours.

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     Ce que je souhaite maintenant partager avec toi, lecteur qui passe, ce sont les étonnantes répétitions et découvertes que j’ai faites lors de la tenue de ce journal. D’abord, je rêve énormément d’animaux. C’est assez déconcertant, et très difficile à analyser. Des chats et des chiens, bien sûr, mais aussi des girafes, des lions, des tigres, des mouches, un âne, un hibou. Ensuite, je suis également très étonnée par le réalisme de certains rêves, et par les détails incongrus qui se rappellent à moi lors du réveil : les matières des éléments, les paroles prononcées, les chiffres présents, les personnes, dont certaines présentes dans le rêve sont des êtres que je ne côtoie plus depuis des années, les tenues, la lumière. De même, relire mon journal de rêves me montre aussi la faculté étonnante qu’à l’imagination à produire un sens du familier dans l’univers onirique, alors même que tout est une construction mentale. Je m’explique : la maison  est un lieu où se déroule de nombreuses aventures de mes nuits (ou de mes siestes). Et pourtant, toujours familière, souvent la mienne, celle-ci n’a que très rarement les traits de ma maison familiale connue, ou de mes lieux de vie, passés ou actuels. De même, je suis très étonnée aussi par l’enchevêtrement parfois très compliqué, mais néanmoins crédible et vivable, des situations proposées par certains de mes rêves. En voici quelques unes, éparses :

« Je regarde par la fenêtre et je vois des gens faire du trampoline sur des câbles. Ils ont l’air de s’amuser mais c’est dangereux. Ce qui est bizarre c’est que juste après j’ai deux images : d’abord le trampoline par terre et des gens qui continuent à sauter dessus, comme s’ils étaient tombés mais qu’il ne s’était rien passé de grave, et un autre moment où quelques uns sont encore sur les câbles, ils savent qu’ils vont tomber, ils tombent, et se retiennent tous d’une main au câble. » 

« il s’agit de s’enfuir par la fenêtre, je prends une sorte de corde, je me balance, j’arrive sur un balcon de gens, puis je repars en arrière, puis je fais le tour de l’ensemble du bâtiment suspendue à ma corde/tyrolienne, je vois des gens qui mangent sur une terrasse, c’est la nuit, c’est agréable et rigolo de traverser la ville comme ça. Après ça devient inquiétant, je me rends compte que je vais super loin avec ma corde, elle finit de faire le tour d’un bâtiment imposant, une église. Je finis par atterrir, la corde, faite de perles, craque plus ou moins, j’ai peur de tomber, je finis par tomber de justesse sur le toit. Je crois connaître un passage pour descendre facilement jusqu’à la ville et au sol et être en sécurité, mais finalement il me faut de l’argent pour le métro. Dans un endroit étrange (un cimetière ? c’est plutôt comme un étage un peu bizarre avec un côté cimetière), je/une personne croise des chats roux, gros, qui avalent/recrachent des pièces d’un euro, ils se jettent dessus, en faisant un bruit bizarre. Je crois que je cherche justement une pièce de 2€ pour pouvoir prendre le métro. »

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« il y avait une sorte de jeu avec des gens, c’était en extérieur ( ?) je crois. Il fallait jouer/  et deviner des animaux/personnages. A un moment, on commence et le premier fait le minotaure, c’est un garçon. Il me court après, autour d’un étendoir à linge ( ?) Après, j’imite un personnage, les harpies. Je vais voir seulement les filles, je leur souffle que je suis une harpie et ensuite je fais des mouvements d’oiseaux en ricanant. Je crois que les garçons ne comprennent pas. Ensuite c’est bizarre, il y a deux personnes qui veulent imiter un géant, et donc ils décident de prendre pour ça des grues qui montent et qui descendent, et ils veulent finir leur numéro au supermarché en achetant de très gros pots de moutarde. Par rapport à cette idée je dis que ce n’est pas très crédible parce qu’on verra que le pot de moutarde sera trop petit par rapport au géant puisqu’il fera à peu près la hauteur du siège de la grue et qu’on verra qu’ils ne sont pas si grands que ça. Bon finalement je me retrouve plus ou moins en haut sur la grue, j’avance vite mais comme je suis très haut, la redescente est trop lente et à un moment il y a un fil plus bas qui bloque le passage si je reste en hauteur  du coup je dois faire descendre très vite la cabine, sensation de crampe dans le ventre. »

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Voilà, la petite incursion dans le monde des rêves et des réflexions qu’ils engendrent s’achève pour aujourd’hui. Et toi, qui passes ici, quelle expérience et quelle relation as-tu concernant tes rêves ? As-tu déjà tenu un journal de rêves ?

Château de Fontainebleau (errance photo)

J’ai été paresseuse ses derniers mois, car j’ai changé presque totalement de vie, et je n’ai pas eu beaucoup de temps à accorder à mes passions, que ce soit la photographie ou l’écriture. Voici une petite mise à jour de quelques unes de mes errances photographiques qui ont ponctué ces derniers mois !

Ici, une balade au château de Fontainebleau et quelques photos volées qui m’ont plu.

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Blanc dans ma tête, vide dans mon coeur

 

Totalement tétanisée par la tristesse,
Mots qui butent, corps qui flanche, larmes absentes,
J’erre. Blanc dans ma tête, vide dans mon cœur.
Noir tout autour, le plein d’absurde chaque jour.

Dieu, apprends moi à faire le deuil, toi qui tue
Tes fils, chaque jour, sans raison, sans prévenir.
Donne-moi du sens pour vivre, rester debout,
Moi qui suis là et lui, parti je ne sais où.

Oublier, peut-être. Ce serait un remède.
Odieux, horrible, obstiné souvenir d’hier.
Tous ces beaux jours de joie inconsciente et prospère
Perdus, évanouis, à jamais, dans l’inconnu.